Subprimes, Société Générale : quand l’éclatement d’une bulle se transforme en bombe politique et sociale…

Il me semble, à la lumière de notre histoire, que le parti radical fait œuvre utile chaque fois qu’il permet à notre société d’avancer ou de résister, à l’individu de s’accomplir, à la solidarité de soutenir ceux qui sont dans la difficulté. Il me semble aussi, toujours à la lumière de notre histoire, que le parti radical se perd lorsqu’il protège les puissants contre les faibles, les intérêts privés contre l’intérêt général. Alors, la complaisance à l’égard des affaires nous détourne de notre mission première. La méfiance due à la puissance nous tétanise. Et le goût du pouvoir finit d’étouffer nos convictions… Avec la double crise « Subprime / Société Générale », nous sommes au cœur de cette problématique. Pour quelle raison ?

Bien au-delà de la sphère financière et du microcosme parisien, l’éclatement du double scandale « subprimes »/« Société Générale » est une véritable bombe politique et sociale. Car les faits démontrent que derrière la façade d’extrême rigueur de leurs agences, les banques procèdent à des opérations de spéculation, en totale contradiction avec ce qu’elles imposent à leurs clients. Dans un climat social agité par l’angoisse sur le pouvoir d’achat et la difficulté d’entreprendre, cette révélation ne pouvait pas tomber plus mal, et on aurait tortde la sous¬estimer…

La logique bancaire du « toujours non sauf si… », du « donnez moi votre argent et je vous le prêterai contre intérêt »-post -naufrage du Crédit Lyonnais du « toujours oui »-n’était justifié que par la maîtrise du risque. Elle seule, en obligeant les banques à se placer dans la logique économique de « précaution », permettait aux Français de penser que les milliards de bénéfices dégagés par les institutions financières depuis tant d’année étaient le fruit de leur prudence et de leur rigueur. Elle seule leur faisait accepter – non sans s’en plaindre – les conditions draconiennes pour obtenir un prêt, un accompagnement financier ou une autorisation de découvert. Elle seule justifiait d’être « lâché » du jour au lendemain par son agence « de proximité », par obsession de prudence…

On le comprend bien : aujourd’hui, avec ces affaires le masque symbolique est tombé. La double crise des subprimes et de la Société Générale révèle une rupture du contrat moral implicite qui liait les banques à leurs clients, mais au¬delà à notre collectivité toute entière, car le système bancaire bénéficie de largesses innombrables, d’une protection permanente et bienveillante des pouvoirs publics –ce qui pourrait supposer certains devoirs. L’affaire est gravissime : les Français qui avaient déjà le sentiment de ne pas être suffisamment soutenus par leur banque ont maintenant le sentiment qu’en plus ils ont peut -être été trompés par elles !

Revenons sur ces deux derniers scandales qui nous éclairent…

Les subprimes ont d’abord révélé le cynisme, l’écart entre les discours et les actes. Cet été les banques françaises redoublaient de messages rassurant pour expliquer qu’elles n’étaient pas (ou si peu) touchées par les subprimes. Dans les faits, au même moment, le marché interbancaire est devenu sinistré, les banques refusant de se prêter de l’argent les unes aux autres. Trop risqué ! Bien placées pour évaluer leurs jumelles, elles les ont rejetées, les accusant ainsi implicitement d’avoir joué et perdu sur le marché, sans l’avoir jamais avoué… Ainsi, la communication des banques était¬elle en contradiction manifeste avec leurs actes. Première faute. Première alerte. Première révélation.

L’annonce des pertes de la Société Générale nous apporte dans la foulée la confirmation qu’une banque, parmi les plus réputées, a développé incroyablement plus de rigueur dans la maîtrise des (petits) risques de ses (petits) clients que dans le contrôle de ses propres activité « à risques » , se chiffrant en milliards d’euros : la légèreté est manifeste dans cette affaire, et chaque client punis d’agios pour avoir enfreint la règle du zéro défaut appréciera le droit à l’erreur de sa banque. On croyait la banque « froide et cartésienne ». On la découvre « joueuse », et capable de perdre ses nerfs. On la croyait pingre pour tous : elle ne l’était pas pour elle- même…dès lors que le gain était d’importance. Problème : ce visage est celui d’un spéculateur, mais devrait-il être celui d’une banque de réseaux !? Dans la catastrophe et la panique, la banque a retrouvé son âme de banquier vertueux, et trouvé rapidement un bouc émissaire. Froidement

Dans cette dernière circonstance, on ressent un écoeurement qui n’a pas échappé à l’opinion, et qui renvoie à la défense du faible au fort. Il y a ce mépris, ce cynisme. Terrible. Cette impression qu’une histoire indécente nous est livrée par un système pris en faute pour cacher « autre chose », pour se dédouaner piteusement, pour ne surtout pas être responsabilisés. Le scénario des derniers jours nous renvoie à cette histoire de l’employeur pressant ses gars implicitement au¬delà du contrat, et se réfugiant derrière la faute contractuelle pour se dédouaner de l’accident survenu. L’histoire nous renvoie aussi à une mauvaise copie de « JFK », avec un Oswald, trouvé en quelques minutes, et immédiatement identifié comme le seul assassin du président. Et la biographie déjà prête à l’emploi.

Incroyable ! Alors qu’il était impossible de savoir depuis cet été quel était l’engagement réel des banques françaises sur le crédit à risque américain, alors que le jeu s’est déglingué et que des milliards sont partis en fumée, les dirigeants jettent un de leurs employés en pâture à la presse et à l’opinion avant même que justice soit saisie ! En 24 heures, on sait tout de l’énergumène : son nom, son visage, son parcours, son salaire, son histoire – même sentimentale, et bien sûr ses innombrables défauts. Et la présomption d’innocence ? Si elle n’est pas du côté de l’employé, on la trouve tout de suite du côté de la banque : la Banque de France s’empresse de rassurer les clients d’une banque « encore plus solide que la semaine dernière ». On croit rêver ! Sommes- nous si bêtes ? Le clan des banquiers reste solidaire, quoiqu’il arrive…ou peut¬être hypocrite : mais qu’ont-ils à défendre de tellement important, qui nécessite un tel esprit de clan, contre le respect dû à la personne, même accusée de malhonnêteté ?

Puis l’affaire prend un tour politique. Un conseiller du président de la République annonce que le gouvernement soutiendra la banque face à tout risque de rachat par un « prédateur »… Ainsi, parce qu’elle est une banque, le pouvoir politique serait prêt à tout pour éviter qu’une société privée ne subisse les conséquences de ces erreurs gravissimes ? Le clan des banquiers, élargi aux politiques ? Comment justifier la défense « les yeux fermés » d’une direction, d’une organisation défaillante, d’un système qui a trompé l’opinion, alors que les plus petits ne bénéficient pas d’une mansuétude comparable, et surtout pas face à leur banquier ?

Attention aux associations malheureuses, aux amalgames…et aux dégâts politiques qu’ils provoquent ! Nicolas SARKOZY, a rapidement compris l’importance du mouvement d’opinion en marquant ses distances avec le président de la Société Générale. Souhaitons que ce ne soit qu’un début…et qu’il ne soit pas seul.

Car ce double scandale ouvre en réalité une opportunité : celle de corriger les dysfonctionnements manifestes du système bancaire, de remettre à plat, en transparence, les avantages qu’elles obtiennent des pouvoirs publics et leurs devoirs. De supprimer les abus. De favoriser la concurrence. De replacer surtout les banques dans un cadre qu’elles n’auraient jamais dû quitter : celui qui répond plus au besoin de financement de l’économie à long terme (en particulier pour les TPE et les PME) au bénéfice de notre collectivité toute entière, plutôt qu’à l’optimisation des profits à courtterme au bénéfice de ses seuls actionnaires –avec les dégâts que l’on constate parfois !

Le politique doit agir. Et vite !!!

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